Trois fois non à la réforme de l’évaluation !

mercredi 7 décembre 2011
par  Sud Éducation Guyane

Les projets de décret et d’arrêté réformant l’évaluation des enseignants visent à remplacer à compter de la rentrée 2012 les dispositifs actuels par une modalité unique : un entretien d’évaluation tous les trois ans par le supérieur hiérarchique direct (le chef d’établissement dans le second degré, l’IEN dans le premier degré).

Ils constituent une étape majeure dans le processus de transformation néolibérale du service public d’éducation. SUD Éducation est opposé à la notation, aux inspections infantilisantes, à l’évolution différenciée des carrières... Mais les nouvelles modalités d’évaluation des personnels sont encore pires ! Individualisation, mise en concurrence, caporalisation… : on passe à l’ère du management. Dans le premier comme dans le second degré, si la réforme passe, l’évaluation ne reposera plus sur une inspection, sur des visites en classe, mais uniquement sur un entretien d’évaluation réalisé par le supérieur hiérarchique.

SUD Éducation dénonce ces techniques de management copiées sur le modèle de l’entreprise capitaliste. Cette nouvelle contre-réforme s’inscrit dans une transformation profonde et sinistrement cohérente du service public d’Éducation. Ils ne s’arrêteront que là où nous les arrêterons.

L’école n’est pas une entreprise !

Cet entretien reposera sur une auto-évaluation, selon des grilles fournies par l’administration. Comme les expérimentations ont déjà permis de le constater, ce processus est particulièrement pervers : on doit soi-même s’évaluer... à travers les yeux de la hiérarchie et ses critères désormais purement comptables.

√ La notation-évaluation déjà mise en place pour les personnels non-enseignants a démontré sa nocivité avec l’augmentation des pressions hiérarchiques, l’infantilisation des personnels, la gestion individualisée des carrières que l’on veut désormais étendre aux enseignants, CPE et COP. Ces modalités d’évaluation ne peuvent qu’amplifier la souffrance au travail des enseignants.

Des logiques comptables

Première conséquence du projet d’évaluation sur 3 ans : le gel des
promotions et l’ancienneté pour toutes et tous jusqu’en 2015 ! Tant qu’à faire des économies… D’ici là, ce sera la course au « mérite » chez les évalués.

Soumission à l’arbitraire de la hiérarchie

Les plus « méritants » (entendre, « les plus dociles ») seront gratifiés d’un ou plusieurs mois de réduction par rapport à l’ancienneté moyenne pour accéder à l’échelon supérieur. Ainsi le supérieur hiérarchique aura un pouvoir personnel accru : cela ne peut conduire qu’à des disparités, à des injustices plus grandes que le système
actuel, et nécessairement à l’exercice de pressions, voire à des abus de pouvoir. Ces évaluations contribueront à opposer les personnels, soumettre chacune à l’arbitraire, et casser toute résistance collective.

√ Ce pouvoir accru du supérieur hiérarchique s’inscrit dans une logique profonde. Ainsi, dans un entretien publié dans « Les échos », Luc Chatel annonce la généralisation du recrutement par le chef d’établissement : « avec l’expérimentation « Clair », devenue « Eclair », nous testons un recrutement par le chef d’établissement car c’est lui qui est capable d’apprécier ses besoins. Il sera difficile de généraliser cela du jour au lendemain. Mais c’est l’horizon. »

Mise en concurrence tous azimuts

Que va-t-on évaluer ? Il s’agira en premier lieu d’évaluer « les résultats professionnels obtenus par le Fonctionnaire », la capacité de l’enseignant à « faire progresser chaque élève ».
L’enseignant sera donc jugé sur les résultats de ses élèves à la
« validation des compétences », aux évaluations en primaire, aux
examens dans le secondaire, sur les taux de passage et de
redoublement... Chacun sera comptable personnellement de ces résultats, devra produire du chiffre : l’humain disparaît, la dimension collective de l’acte éducatif est gommée, tout comme la dimension sociale.

√ Là encore, il y a une logique profonde de mise en concurrence. Dans
l’entretien mentionné ci-dessus, à la question : « Faut-il rendre publics
les résultats des évaluations des élèves par établissement ? », Luc
Chatel répond : « A terme, c’est nécessaire. (…) Mais il faut pour cela
mettre en place des outils totalement objectifs (…) je ne suis pas
contre le recours à un organisme indépendant. (sic !) »

√ Et quand on lui demande si le projet est de supprimer totalement la
carte scolaire, Luc Chatel répond : « Ce sera sans doute le point final
d’une réforme en profondeur du système éducatif. C’est la liberté de
choix des parents. Cela ne peut se faire que le jour où l’on aura des
indicateurs totalement transparents et objectifs. » Cela a le mérite de
la franchise. On voit bien le sens de la mise en place d’évaluations
nationales informatisées.

√ Les outils permettant l’évaluation des personnels par des cadres
intermédiaires et la mise en concurrence des établissements existent
déjà : les évaluations GS, CE2, CM2, le Livret Personnel de Compétences, le Brevet des Collèges, le Baccalauréat... sur des supports numériques. Demain un seul clic suffira !

Évaluation, autonomie, contractualisation...

Que va-t-on évaluer ? Après l’évaluation par les résultats, le critère
d’évaluation le plus développé dans les projets ministériels est celui de la « pratique professionnelle dans l’action collective de l’école ou de
l’établissement, en lien avec les parents d’élèves et les partenaires [...] conformément aux orientations validées par les instances de l’école ou de l’établissement... ».
Cette réforme soumet nos pratiques professionnelles et notre liberté
pédagogique au projet d’école/d’établissement. Il s’inscrit dans le cadre de l’autonomie/mise en concurrence des établissements, dans la logique de contractualisation avec les instances académiques, mettant fin aux cadres nationaux (des programmes, des horaires et des examens) et au principe même d’égalité du droit à l’éducation sur tout le territoire.

√ L’Association des Régions de France (ARF) revendique un transfert
complet de l’État aux régions de l’orientation et de l’enseignement
professionnel. La droite applaudit. L’accord scellé entre le PS et EuropeÉcologie-Les-Verts va dans le même sens, il affirme en effet : "un nouveau cycle de transfert de compétences aux Régions sera ouvert concernant notamment l’emploi, la formation professionnelle,
l’alternance ou l’apprentissage". Cela ne sera bien entendu qu’un
premier pas, et tous les niveaux, toutes les filières sont concernées par ces projets. La fin du service public national de l’éducation est
programmée. Seule notre mobilisation peut la stopper.

Après les élèves, le fichage des compétences des enseignants

Ces nouvelles modalités d’évaluation des enseignants s’inscrivent dans
une logique globale, celle de l’évaluation par compétences et du fichage généralisé. Après le Livret Personnel de Compétences Numérique pour les élèves, une circulaire récente crée en effet un « Livret de compétences » pour les enseignants eux-mêmes : officiellement un portefeuille de compétences dématérialisé. Depuis le début SUD Éducation dénonce et combat ces désastreuses « avancées », qui n’ont jamais permis aux enseignants de progresser sur leur pratique pédagogique ni aux élèves de mieux vivre l’école.

√ Des compétences pourront être validées par des formations
professionnelles pendant les vacances, ce qui donnera droit à accéder à des postes à profil, autre instrument d’arbitraire et d’individualisation
des carrières...

Non à la destruction du service public d’Éducation

NON À L’AUSTÉRITÉ !

Le gouvernement profite de la crise et de sa politique d’austérité pour accélérer les contre-réformes visant tous les services publics, tous les droits, toutes les solidarités. En proposant à 6 mois des élections présidentielles un projet réformant l’évaluation il pose une pierre de plus dans l’édifice d’une école libérale.
Toutes les organisations syndicales de l’Éducation Nationale exigent le retrait de cette réforme. Cette très large unité sur le retrait pur et simple est un élément important. En construisant une mobilisation d’envergure, il est possible de faire reculer le gouvernement. Une victoire, même sur un point précis comme celui-ci, serait un événement utile pour restaurer un meilleur rapport de force, après les défaites accumulées ces dernières années.

La grève du 15 décembre aura valeur de test, il ne faut pas le rater ! Le gouvernement souhaite éviter des mobilisations importantes qui pourraient faire boule de neige. Il étudiera attentivement les chiffres des grévistes et des manifestants. Les autres organisations syndicales aussi.
Pour SUD Éducation, il est évident qu’il faudra développer un processus de mobilisation dès la rentrée de janvier. Une journée ne suffira pas… Mais une grève et des manifestations massives le 15 décembre sont la condition pour qu’il y ait des suites sérieuses.

Alors, tous en grève le 15 !


Commentaires

Navigation

Articles de la rubrique

Agenda

<<

2018

 

<<

Novembre

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
   1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930  
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

Coup de gueule… bis

dimanche 14 septembre 2014

Au collège, on accueille de plus en plus d’élèves hétérogènes : non lecteurs, lecteurs débutants, déchiffreurs, en difficultés personnelles, sociales, primo arrivants, etc. Le collège doit donc devenir un lieu où tous ces élèves ont leur place mais aussi le lieu de toutes les expérimentations. Génial !
On va pouvoir enfin inventer, créer, innover. Oui, mais... Quels outils, quel matériel, quelle formation pour le professeur qui veut s’investir dans les projets ? Il va falloir tâtonner, trier la masse d’informations sur internet, faire des proformas, écouter le discours des uns, des autres, trouver une salle, demander une armoire, des livres, un ordinateur ? J’en passe ! Monter des projets, c’est bien joli, mais quel parcours du combattant ! Tout ceci est-il bien logique à l’heure où on supprime les enseignants spécialisés ? Est-ce au professeur lambda de remplacer ces spécialistes ? Comme d’habitude, on marche sur la tête !

Coup de gueule

dimanche 14 septembre 2014

80% d’une classe d’âge au bac ! C’était une révolution. L’égalité des chances... etc. Oui, on y arrive.
On trafique les notes, on fait passer les élèves au bénéfice de l’âge, on les maintient dans le système sans leur donner les moyens de réussir.... j’en passe ! On arrive maintenant à avoir des élèves qui vont au bac en sachant tout juste lire. Oui, tout le monde peut avoir son bac, un bac bradé pour faire du chiffre !
De quel intérêt parle-t-on alors ? Celui de l’élève ou celui de la sacro-sainte statistique d’une société dans laquelle seul le rendement compte ?

Enquête par questionnaire

jeudi 13 décembre 2012

Dès janvier SUD Éducation Guyane lancera une enquête par questionnaire sur les conditions matérielles de travail dans les écoles de Guyane.

L’objectif est pour nous de recueillir des données chiffrées histoire de dresser une liste assez exhaustive de problèmes rencontrés au niveau de nos extraordinaires conditions de travail...

Pour mener à bien cette enquête nous avons reçu un coup de main des camarades du département de sociologie de l’université Brest.

Double vacation

jeudi 13 décembre 2012

Le recteur est revenu sur sa position : il n’y aura pas d’expérimentation de la double vacation en Guyane. Reste que des enfants sont toujours non scolarisés et les constructions scolaires manquent cruellement.

La fédération SUD Éducation va intervenir auprès du ministère pour réaffirmer la nécessité d’un plan d’urgence pour l’éducation en Guyane.

Inspection : et si on arrêtait les bidouillages ?

jeudi 13 décembre 2012

SUD Éducation vient d’écrire au recteur pour lui demander de rappeler à ses Inspecteurs qu’ils ne peuvent pas faire n’importe quoi en matière d’inspection.

Les inspections surprises ne sont pas réglementaires. Les rapports d’inspection doivent être adressés aux intéressés dans un délai d’un mois et la note pédagogique doit être communiquée dans le trimestre qui suit l’inspection.