Nous, Conseillers Principaux d’Éducation du bassin de l’Ouest guyanais...

mercredi 31 janvier 2018
par  Sud Éducation Guyane

A

M Alain Ayong Le Kama, Recteur de l’Académie de Guyane ,
M Vincent, Inspecteur Vie Scolaire de l’Académie de Guyane

Messieurs,

Nous, les Conseillers Principaux d’Éducation du bassin de l’ouest guyanais, souhaitons vous alerter sur la situation de nos élèves, de nos vies scolaires, que ce soit à l’intérieur mais aussi aux abords des établissements du secondaire des communes d’Apatou, Mana, Javouhey et Saint Laurent du Maroni.

En ce qui concerne l’état des vies scolaires, nous déplorons la perte dans la plupart des établissements, d’une grande partie des effectifs en CUI (qui constituent la majorité des personnels de vie scolaire). Ceci met les personnels, CPE et surveillants, en situation de danger quant à la sécurité des élèves. La circulaire de 1996, sur la surveillance au sein des établissements, ainsi que la circulaire d’août 2015 fixant nos missions, ne peuvent être appliquées en l’état actuel, dans nos différentes communes. Depuis des années, nous dénonçons le manque d’ouverture de postes d’Assistants d’Education (contrats plus stables et mieux rémunérés que les CUI). Nos vies scolaires sont exsangues.

Nous devons donc faire « à la place de » pour tout et tout le temps. Ce n’est pas notre rôle ! Et cela nuit à une grande partie des missions fixées par la circulaire redéfinissant nos missions d’août 2015. Nous ne pouvons pas être tenus pour responsables du défaut de surveillance ou du manque d’encadrement des élèves. Nous nous voyons proposer des quotas de CUI deux fois inférieurs à ce que nous avions les années passées, et quelques services civiques, qui ne peuvent être considérés comme des surveillants à part entière (ceci est fixé par le texte...). Cette solution n’est pas acceptable car il n’y a pas de période d’essai, le recrutement reste opaque et il n’y a aucun plan de formation prévu. Nos élèves méritent mieux.

Le bassin de l’ouest subit une telle croissance démographique (Saint Laurent du Maroni deviendra dans quelques années la plus grande ville de Guyane) qu’il faut absolument anticiper l’ouverture rapide de poste de CPE et d’AED en plus de l’ouverture rapide d’établissements de qualité. Nos collèges et lycées explosent déjà, dans une région où la violence quotidienne (agression, viols, drogues) subie par nos élèves est l’une des plus élevée de France.
La ville de Saint Laurent du Maroni a plus de 50% de sa population en dessous de 18 ans. Beaucoup d’entre eux vivent dans des conditions sociales que vous ne pouvez imaginer. Il n’y a aucun juge dans l’ouest. Il n’y a que 3 éducateurs à l’Aide Sociale à l’Enfance, les familles d’accueil sont surchargées (8 enfants dans chacune d’entre elles), pas d’ITEP, pas de Maison à Caractère Social, etc. Comment peut-on donner des réponses concrètes, éducatives à nos élèves dans ces conditions ?
Nous, CPE, recevons ses enfants, passons nos semaines avec eux. Mais comment pouvons-nous les accompagner ? Nous n’avons pas la formation adéquate, nous ne sommes ni éducateurs spécialisés, ni assistants sociaux, ni psychologues, ni infirmiers. Nous déplorons grandement aussi que le rectorat de Guyane, le ministère ne réagissent pas en ouvrant plus de postes dans les établissements du premier et du second degré.

Cette croissance démographique, comme nous l’avons dit plus haut, fait que nos établissements en REP+, pour tous les collèges, et en REP pour les lycées explosent et ne cesseront de grossir dans les prochaines années. A Saint Laurent du Maroni, nous avons appris qu’aucune construction scolaire n’aurait lieu dans les prochaines années, au profit d’une prison. Alors même que l’État et la Communauté Territoriale de Guyane avaient acté de cela pendant les mouvements sociaux et depuis. Que faut-il faire pour que l’on entende ceux qui, au quotidien, travaillent et subissent ces conditions de travail catastrophiques ? Que les élèves sont parqués les uns sur les autres ? Ces choses-là ont été annoncées, dénoncées et on nous apprend aujourd’hui que le sixième collège et le quatrième lycée ne verront pas le jour ? Jusqu’où irons-nous ? Les classes de sixième dont en moyenne 25% des élèves ont de grosses difficultés de lecture sont à plus de 25 élèves !
La République française semble avoir oubliée sa vocation et nous ne pouvons plus afficher fièrement, en tant que fonctionnaire, « liberté, égalité, fraternité ». Aucun de ses trois adages ne tient la route ici.
Nous, CPE, demandons immédiatement, que le plan d’urgence de constructions scolaires soit effectif dans l’ouest. « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ! » Victor Hugo
Nos établissements scolaires ne sont pas des sanctuaires. Ils sont situés pour la plupart dans des quartiers ségrégués où la violence est extrêmement importante (trois fois plus de mort par balle en Guyane qu’en métropole). Y a-t-il des adultes dans la rue ? Non, aucun éducateur de rue, de médiateur, pas de brigade des mineurs. On nous demande de faire des projets chronophages (avec peu de réussite) pour pouvoir embaucher des médiateurs et faire du lien entre l’intérieur et l’extérieur de l’établissement. On nous demande des projets innovants pour la prévention des conduites à risques, pour la citoyenneté alors même que nous ne pouvons assurer le minimum de nos fonctions. Comment le pouvons-nous quand nous sommes « en survie », dans l’urgence constante face aux bagarres, vols, rackets, harcèlements ?

Nos élèves, pour beaucoup, ne peuvent accéder à la cantine scolaire. Pourquoi ? Parce qu’à Saint Laurent du Maroni, un seul établissement scolaire sur 8 dispose d’une cantine. Les places y sont forcément limitées. Nous rappelons que nos élèves, dans la plupart des collèges sont à plus de 80%, d’entre eux, boursiers. Beaucoup ne vivent pas à proximité des collèges et lycées et doivent marcher, faire du vélo en plein zénith solaire pour avoir 15 minutes pour manger. Certains ne reviennent d’ailleurs souvent pas l’après-midi. Nous ajoutons les questions de transport scolaire qui coûte 120 euros par an. Et il n’y a pas toujours de la place pour tout le monde.
On nous demandera : que font les parents ? Il faut rappeler que les populations les plus en danger, voire dans la misère, restent éloignées de l’école et ont parfois des vécus qui les en éloignent. Nombre de ces familles n’ont pas été scolarisées, ne connaissent pas le fonctionnement de l’administration, et ont parfois subi des situations humiliantes ou de discrimination. Nous avons des écoles pour parents dans plusieurs établissements mais nous ne pouvons être seuls à tenir ce rôle.
La situation des élèves sans papier est aussi extrêmement grave et l’Etat ne respecte pas le droit des enfants. Nous avons constaté que la sous-préfecture et le tribunal d’instance ont des règles spécifiques dans l’ouest qui contredisent le droit français. Les élèves font des dépôts de dossier et ne reçoivent jamais leur récépissé, les dossiers sont « perdus ». On demande aux élèves leur carnet de correspondance pour avoir leurs papiers. Sur quelle base légale ?
Et comment voulons-nous que l’on apprenne aux générations futures la citoyenneté quand les bases de leurs droits sont bafouées ?

Pour toutes ces raisons, non-exhaustives, nous CPE de l’Ouest guyanais, demandons :
- Une large augmentation des dotations en AED et CPE recevant des formations
- Un engagement réel de l’état pour toutes les structures gérant la protection de l’enfance : embauche d’éducateurs, création de foyers, ITEP, aide aux familles d’accueil, présence d’un juge et d’une brigade des mineurs, etc.
- La construction immédiate d’un collège 6 et d’un lycée 4 à Saint Laurent du Maroni
- Une prise en charge complète des élèves pour les transports et la cantine
- L’augmentation du nombre de postes d’AS et d’infirmières dans tous les établissements du premier et du second degré, l’accompagnement pour l’ouverture d’un planning familial.
- L’ouverture de postes de médiateurs dans tous les collèges pour faire le lien avec les familles et les élèves restant dans la rue sans nous demander des projets chronophages alors que nous participons déjà au projet d’établissement au travers des projets de vie scolaire.
Nous, CPE, tenons à vous faire savoir que la situation dans les lycées et dans les collèges est plus que critique quant à la sécurité, à la santé et au bien-être de nos élèves mais aussi critique pour les personnels. Nous considérons, en tant que fonctionnaires, que le droit de nos élèves, des enfants de Guyane, n’est aucunement respecté. Nous nous estimons dans l’incapacité d’accomplir nos missions de conseiller principal d’éducation.
Enfin, nous déclarons que, sans prise en compte immédiate de la réalité, la situation de demain sera dramatique pour cette jeunesse de France, pour laquelle, suite à cette lettre, vous ne pourrez plus faire les ignorants.

Veuillez agréer, Messieurs, l’expression de nos salutations distinguées et notre attachement au service public d’éducation.

Le Collectif de CPE de l’Ouest guyanais,
Le SNES-FSU
Le STEG-UTG
SUD éducation Guyane
Le SGEN-CFDT
Le SE-UNSA


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