Témoignage

L’École sur la voie de la productivité

mardi 15 mai 2007
par  Sud Éducation Guyane

Pourcentages de réussite, taux de remplissage des classes, productivité horaire de l’enseignant… Les valeurs de rentabilité économique, déjà présentes depuis longtemps dans l’éducation nationale, deviennent aujourd’hui une obsession pour nos directions.

« Je passe un contrat avec vous. Vous me faites 80% de réussite au bac cette année. Vous ne voulez tout de même pas finir manœuvre !! ». Voici un exemple parmi d’autres de propos de la direction de mon lycée lors de conseils de classes de Terminales en cette année 2006-2007.

Le critère de réussite au bac est depuis longtemps considéré comme le facteur principal pour « évaluer » un lycée et comparer les établissements entre eux. Ce type d’évaluation est fortement critiquable car il ne tient aucunement compte de critères humains et sociaux (différence de public entre établissements, contexte social guyanais difficilement comparable à celui de la métropole…).

Hors, depuis Janvier 2006 et la mise en place de la LOLF, nouvelle loi d’orientation des finances publiques, elle-même découlant de l’AGCS (Accords Généraux sur la Commercialisation des Services) au niveau mondial, la répartition de l’argent public est passée d’une logique de moyens à une logique de résultats.

Ainsi, le pourcentage de réussite au bac, le taux de remplissage des filières ou le nombre d’élèves par professeur deviennent officiellement un critère de jugement de la qualité d’un établissement. Il semble que cette nouvelle donne ait tourné la tête de nos directions, qui, obsédées par l’obligation de « faire des économies », gèrent de plus en plus leurs établissements comme des entreprises.

Dans mon lycée, cette évolution amène à des situations complètement aberrantes. Les classes sont remplies au maximum et pour combler les dernières places vacantes, des élèves sont placés dans des filières qu’ils n’ont pas demandé et ce malgré les avis plutôt réservés du corps enseignant. L’enseignant se retrouve avec la pression de devoir « faire du pourcentage » tout en gérant des classes surchargées, avec une partie des élèves un peu perdue et peu motivée par un contenu d’enseignement qu’elle n’a pas choisie.

L’élève et l’enseignant, qui sont quand même les deux personnes centrales du système éducatif actuel, se retrouvent à subir une situation sur laquelle ils ont de moins en moins d’influence. Nos directions, quant à elles, peuvent aller fièrement se pavaner devant la hiérarchie et se vanter de faire des économies en préservant les taux de réussite des élèves.

Cette logique de résultat ne peut que nous conduire à la déchéance du système éducatif. Elle accentue la distance entre direction et corps enseignant. Elle est le symbole d’une vision dans laquelle le rôle de l’éducation nationale ne se résume plus qu’à former de « bons petits soldats » au service de nos entreprises.
Education ou formation ? Rentabilité ou moyens ? École publique ou privée ?. Il est grand temps de répondre sérieusement et intelligemment à ces questions. Malheureusement, que ce soit au niveau local (Rectorat, Collectivités…) ou national (Où est l’éducation dans la campagne présidentielle ?)la tendance n’est pas au revirement mais plutôt au confortement de la logique actuelle.


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Brèves

Coup de gueule… bis

dimanche 14 septembre 2014

Au collège, on accueille de plus en plus d’élèves hétérogènes : non lecteurs, lecteurs débutants, déchiffreurs, en difficultés personnelles, sociales, primo arrivants, etc. Le collège doit donc devenir un lieu où tous ces élèves ont leur place mais aussi le lieu de toutes les expérimentations. Génial !
On va pouvoir enfin inventer, créer, innover. Oui, mais... Quels outils, quel matériel, quelle formation pour le professeur qui veut s’investir dans les projets ? Il va falloir tâtonner, trier la masse d’informations sur internet, faire des proformas, écouter le discours des uns, des autres, trouver une salle, demander une armoire, des livres, un ordinateur ? J’en passe ! Monter des projets, c’est bien joli, mais quel parcours du combattant ! Tout ceci est-il bien logique à l’heure où on supprime les enseignants spécialisés ? Est-ce au professeur lambda de remplacer ces spécialistes ? Comme d’habitude, on marche sur la tête !

Coup de gueule

dimanche 14 septembre 2014

80% d’une classe d’âge au bac ! C’était une révolution. L’égalité des chances... etc. Oui, on y arrive.
On trafique les notes, on fait passer les élèves au bénéfice de l’âge, on les maintient dans le système sans leur donner les moyens de réussir.... j’en passe ! On arrive maintenant à avoir des élèves qui vont au bac en sachant tout juste lire. Oui, tout le monde peut avoir son bac, un bac bradé pour faire du chiffre !
De quel intérêt parle-t-on alors ? Celui de l’élève ou celui de la sacro-sainte statistique d’une société dans laquelle seul le rendement compte ?

Enquête par questionnaire

jeudi 13 décembre 2012

Dès janvier SUD Éducation Guyane lancera une enquête par questionnaire sur les conditions matérielles de travail dans les écoles de Guyane.

L’objectif est pour nous de recueillir des données chiffrées histoire de dresser une liste assez exhaustive de problèmes rencontrés au niveau de nos extraordinaires conditions de travail...

Pour mener à bien cette enquête nous avons reçu un coup de main des camarades du département de sociologie de l’université Brest.

Double vacation

jeudi 13 décembre 2012

Le recteur est revenu sur sa position : il n’y aura pas d’expérimentation de la double vacation en Guyane. Reste que des enfants sont toujours non scolarisés et les constructions scolaires manquent cruellement.

La fédération SUD Éducation va intervenir auprès du ministère pour réaffirmer la nécessité d’un plan d’urgence pour l’éducation en Guyane.

Inspection : et si on arrêtait les bidouillages ?

jeudi 13 décembre 2012

SUD Éducation vient d’écrire au recteur pour lui demander de rappeler à ses Inspecteurs qu’ils ne peuvent pas faire n’importe quoi en matière d’inspection.

Les inspections surprises ne sont pas réglementaires. Les rapports d’inspection doivent être adressés aux intéressés dans un délai d’un mois et la note pédagogique doit être communiquée dans le trimestre qui suit l’inspection.