La décroissance

Une solution pour l’humanité ?

mercredi 23 mai 2007
par  Sud Éducation Guyane

Affalé dans mon hamac, ? l’heure de la sieste, j’écoute tranquillement
France INTER où 3 journalistes excités interrogent
François HOLLANDE, président du PS. A la question
« que proposez-vous pour améliorer le moral des français ? »,
le voila qui répond avec fermeté et conviction : « il faut relancer la
CROISSANCE ». Quelle originalité !! Voici donc la solution.

Mais en quoi consiste la croissance ? Nos sociétés sont fondées sur
le prélèvement des ressources naturelles de la
planète (pétrole, gaz, minerais…), avec lesquelles
on fabrique tout plein de trucs (voitures, vêtements,
ordinateurs, téléphone portable…) qui
nous permettent d’améliorer notre confort matériel,
donc d’être plus heureux. Non content de
piller ce capital naturel commun, notre modèle
économique fondé sur la croissance, induit en
plus une augmentation constante de ces prélèvements.
Là se posent 2 questions qui me semblent
fondamentales.

Tout d’abord, peut-on considérer qu’il existe un
lien entre confort matériel et bonheur ? Si l’on
regarde le monde d’aujourd’hui où règnent inégalités
et injustices, la réponse est non. A mon sens,
une fois les besoins primaires assurés (manger,
boire, se loger, se protéger du froid…), le fait
qu’un homme soit plus ou moins heureux ne dépend
pas de l’achat d’une télé à écran plat ou d’un
4*4, mais de critères humains, tel l’amour ou la
relation aux autres.

Deuxièmement, comment une croissance exponentielle, c’est-à-dire
infinie, peut-elle continuer pour toujours dans un monde fini ? Les
ressources de la planète ne sont pas inépuisables et déjà aujourd-
’hui, le prélèvement de celles-ci ne s’équilibre pas avec leur temps
de renouvellement. Ainsi, au rythme de consommation actuel, il y
aurait 40 ans de réserves de pétrole, 70 ans de gaz et 55 d’uranium.
Même si ces chiffres peuvent être contestés, nous nous dirigeons à
brève échéance vers un tarissement de la plus grande partie des
ressources planétaires. De plus, il est prévu, d’ici 20 ans, un doublement
du parc automobile et de la consommation énergétique
mondiale. En outre, l’exploitation des ressources n’est pas sans
conséquence et draine avec elle pollution et réchauffement climatique.

Ainsi, il saute aux yeux que le système économique et le mode de
vie actuels ne sont pas éternels et il est indispensable de les repenser
pour assurer notre pérennité et celle des générations futures.

Les élites de ce monde ont entrevu les prémices du problème mais
restent malheureusement enfermées dans leur idée que le système
capitaliste est le meilleur pour l’humanité et toute vision différente
ne relève à leurs yeux que de l’utopie ou du fantasme. De leur réflexion
est né le développement durable.

• Pour les uns, le développement durable est un développement
respectueux de l’environnement. L’accent est alors mis sur la
préservation des écosystèmes. La prise en compte des grands équilibres
écologiques doit aller jusqu’à la remise en cause de certains
aspects de notre modèle économique de croissance, voire même de
notre mode de vie. Pour les autres, l’important est que le développement
tel qu’il est puisse durer indéfiniment. Cette position est
celle des industriels, de la plupart des politiques et de la quasitotalité
des économistes. Ainsi, on peut citer les propos de Bill
Clinton à Kyoto « Je ne signerai rien qui puisse nuire à notre économie
 » ou celle d’un industriel américain « nous voulons que
survive à la fois la couche d’ozone et
l’industrie américaine ». En accolant l’adjectif durable au concept
de développement, il est clair qu’il ne s’agit pas vraiment de remettre
en question le développement réellement existant, celui qui
domine la planète depuis 2 siècles. Tout au plus songe-t-on à lui
adjoindre une composante écologique. Il est plus que douteux que
cela suffise à résoudre les problèmes.

Partant de ce constat et des travaux d’un économiste original, Nicholas
Georgescu-Roegen, différents intellectuels,
philosophes ou économistes ont développé une
théorie économique et sociale proposant des changements
plus profonds : la décroissance.

La décroissance consiste à passer d’un modèle
économique et social fondé sur l’expansion permanente
à une civilisation « sobre » dont le modèle
économique intègre la finitude de la planète.
Pour cela, les pays riches devront s’engager dans
une réduction drastique de leur production et de
leur consommation.

La décroissance repose sur une conception différente
du bien être et du bonheur, ceux-ci étant
complètement détachés des notions de confort
matériel ou de travail. Pour cela, plusieurs grands
axes de changement sont nécessaires :

• Une relocalisation de l’économie et de la vie,
en facilitant l’installation de petites structures
agricoles à taille humaine, en privilégiant la production
et la consommation de produits locaux, en
développant une économie de marché contrôlée, où tout artisan
serait propriétaire de son outil de travail et ne pourrait prétendre à
plus. Cette économie des petites entités, outre son caractère humaniste,
aurait l’immense mérite de ne pas générer de publicité, pilier
de l’idéologie de consommation.

• Une redéfinition de la consommation. Ainsi la consommation
serait recentrée sur les services indispensables au bien être de
l’homme (santé, éducation,…). Par exemple, les transports
« propres » tel le vélo, le train ou la voile serait fortement privilégiés
par rapport aux véhicules à moteurs à explosion, ceux-ci étant
à terme voués à disparaître. Dans le domaine de l’énergie, les énergies
fossiles (pétrole, uranium…) seraient abandonnées, ou réservées
aux domaines vitaux tel la santé, au profit des énergies renouvelables
(solaire, éolien, biomasse, hydraulique…).

• Un autre mode d’éducation, libérée des présupposés idéologiques,
abolissant le concept de compétitivité au profit d’une approche
plus solidaire du rapport aux autres, réhabilitant les disciplines
manuelles et plaçant l’écologie et la nature au cœur du système.

• etc…

La mise en place de ces mesures changerait profondément le mode
de vie de l’homme qui ne serait plus fondé sur le schéma « travailsalaire-
consommation », mais mettrait en avant des valeurs essentielles
à notre épanouissement : réfléchir, parler avec nos proches,
s’aimer, jouer…

En outre, il permettrait d’arriver à un nouvel équilibre mondial,
non plus fondé sur l’exploitation des pauvres par les pays riches,
mais où chacun assurerait l’assouvissement de ses besoins primaires,
et pourrait consacrer son temps à son épanouissement personnel.

La décroissance en est encore à ses balbutiements et sa mise en
place peut prêter à questionnement. Cependant, il est agréable
voire indispensable que se développent des idées sortant des carcans
habituels, en espérant que leur évolution puisse relancer un
vrai débat politique à l’échelle de la planète.


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