Education Prioritaire

Des Sou(ci)s et des Hommes

jeudi 5 juin 2014
par  Sud Éducation Guyane

Le grand chantier de la réorganisation de l’éducation prioritaire a enfin donné ces premiers fruits : un document de présentation intitulé « Refonder l’éducation prioritaire », présenté dans notre académie au Conseil de l’Éducation Nationale du 13 février 2014 par le recteur Denis Rolland. Ce document ministériel présente un projet assez ambitieux, celui de redonner du sens à la notion de plus en plus critiquée d’éducation prioritaire en France.

L’accompagnement des élèves

Le nouveau projet prévoit quatre mesures intéressantes : la scolarisation des moins de trois ans, l’affectation d’un maître supplémentaire dans chaque école pour la mise en place de projets de pédagogie dite différenciée, l’organisation d’un système de tutorat et d’aide au devoir renforcé pour les élèves de sixième, le développement d’internats de proximité pour les collégiens.
Il n’est pas besoin d’être métaphysicien pour comprendre que ces mesures ne paraissent pas facilement applicables dans une académie qui peine déjà trop à scolariser tous les enfants avant l’école primaire, et qui dispose de trop peu de personnel titulaire et contractuel pour, dès la rentrée, accueillir tous les élèves sans problème. En ce qui concerne les internats, il y en a une urgente nécessité d’accueil pour les jeunes des communes isolées mais se pose bien évidemment la question du budget alloué aux collectivités en charge (Région et Conseil Général) pour les construire . Pour que ce projet soit réalisable, nous attendons également une augmentation du nombre de postes ouverts au CRPE, pour le local, et aux CAPES, CAPLP, CAPET (internes, externes et réservés) et Agrégations au niveau national. Mais aussi une large intervention de l’état dans la construction de structures scolaires, surtout pour pallier aux difficultés municipales dans la mise en place d’un service d’accueil correct et de proximité pour les enfants.

Formation et rémunération des personnels

C’est le volet de l’oiseau tué en plein vol : le texte propose une pondération du temps de service afin de dégager 1h30 par semaine en collège sur 18h, et 9 jours par an en primaire, afin d’intégrer le travail d’équipe et de suivi des élèves dans le bloc de l’emploi du temps. Voilà qui sonne doux aux oreilles de ceux qui, comme SUD éducation, pensent que le travail pédagogique en équipe est une des meilleures réponses aux souffrances et aux violences subies par les personnels mais aussi par les élèves. On nous propose aussi des formations, des experts de terrain, des tuteurs à gogo ! C’est noël pour les petits syndicalistes que nous sommes ! Mais là encore, quid dans une académie qui peine à trouver des formateurs pour les préparations aux concours ? Le recteur annonce d’ailleurs quatre formateurs académiques pour la refondation du prioritaire. Quatre seulement ! Quatre semble être le chiffre de notre académie puisque c’est quatre établissements qui passeront en REP+ à la rentrée
prochaine : Gran man Difou de Maripasoula, Léodate Volmar et Paul Jean Louis à Saint Laurent et Lise Ophion à Matoury (bien sûr, ce nombre augmenterait si la lutte récente de l’intersyndicale contre les violences en milieu scolaire aboutie). Là encore, on est dans l’insuffisance et le ministère a beau promettre l’élargissement à 500 établissements supplémentaires pour la rentrée 2015, on peut rester septique et penser à un effet d’annonce. C’est toute notre académie qui devrait être classée
en REP+ !
En ce qui concerne la rémunération, le document propose de la valoriser par un système de primes pour rendre attractifs des établissements désertés par les titulaires ou fragilisés par un turn over trop important : 50 euros environ en plus par mois, 100 pour ceux et celles qui travailleront dans les établissements les plus rudes (qui établit ce triste top ten ?). Il est également prévu une prime pour ceux qui « assument des fonctions d’intérêt collectif », étrange expression, qui laisse imaginer qu’il existe, dans l’éducation nationale, des fonctions qui ne sont pas d’intérêt collectif
dans un système d’éducation publique et gratuite… On précise également, que ceux qui auront passé un temps « significatif » (pour qui ?) dans les établissements REP+, pourront bénéficier d’un accès prioritaire à la hors classe et à la classe exceptionnelle… mais que les collègues ne s’échauffent pas trop vite, ce point est en discussion avec les centrales des syndicats majoritaires...

Amélioration du cadre d’apprentissage

Là encore, de belles annonces, dont nous attendrons l’exécution à bras ouverts : un accueil matinal des parents dans les écoles, des infirmiers scolaires dans les établissement du premier degré des réseaux REP+, et des assistants sociaux en plus grand nombre, et même un fond académique pour financer des projets pédagogiques. On attend avec impatience de travailler dans ces conditions !
Le ministère aurait-il compris que ce n’est pas tant l’argent qui fait une équipe pérenne que de bonnes conditions de travail ? De cette juste observation, en aurait-il enfin conclu quelque chose d’utile pour l’avenir de notre académie ? Toutes ces belles annonces seront-elles effectives à la rentrée 2014 dans nos quatre établissements guyanais ou va t-on encore nous dire, chaque mois, « attendez, on y est presque » ? Les personnels et les élèves, leurs familles, toute la société guyanaise ne peuvent et ne veulent plus attendre !


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Brèves

Coup de gueule… bis

dimanche 14 septembre 2014

Au collège, on accueille de plus en plus d’élèves hétérogènes : non lecteurs, lecteurs débutants, déchiffreurs, en difficultés personnelles, sociales, primo arrivants, etc. Le collège doit donc devenir un lieu où tous ces élèves ont leur place mais aussi le lieu de toutes les expérimentations. Génial !
On va pouvoir enfin inventer, créer, innover. Oui, mais... Quels outils, quel matériel, quelle formation pour le professeur qui veut s’investir dans les projets ? Il va falloir tâtonner, trier la masse d’informations sur internet, faire des proformas, écouter le discours des uns, des autres, trouver une salle, demander une armoire, des livres, un ordinateur ? J’en passe ! Monter des projets, c’est bien joli, mais quel parcours du combattant ! Tout ceci est-il bien logique à l’heure où on supprime les enseignants spécialisés ? Est-ce au professeur lambda de remplacer ces spécialistes ? Comme d’habitude, on marche sur la tête !

Coup de gueule

dimanche 14 septembre 2014

80% d’une classe d’âge au bac ! C’était une révolution. L’égalité des chances... etc. Oui, on y arrive.
On trafique les notes, on fait passer les élèves au bénéfice de l’âge, on les maintient dans le système sans leur donner les moyens de réussir.... j’en passe ! On arrive maintenant à avoir des élèves qui vont au bac en sachant tout juste lire. Oui, tout le monde peut avoir son bac, un bac bradé pour faire du chiffre !
De quel intérêt parle-t-on alors ? Celui de l’élève ou celui de la sacro-sainte statistique d’une société dans laquelle seul le rendement compte ?

Enquête par questionnaire

jeudi 13 décembre 2012

Dès janvier SUD Éducation Guyane lancera une enquête par questionnaire sur les conditions matérielles de travail dans les écoles de Guyane.

L’objectif est pour nous de recueillir des données chiffrées histoire de dresser une liste assez exhaustive de problèmes rencontrés au niveau de nos extraordinaires conditions de travail...

Pour mener à bien cette enquête nous avons reçu un coup de main des camarades du département de sociologie de l’université Brest.

Double vacation

jeudi 13 décembre 2012

Le recteur est revenu sur sa position : il n’y aura pas d’expérimentation de la double vacation en Guyane. Reste que des enfants sont toujours non scolarisés et les constructions scolaires manquent cruellement.

La fédération SUD Éducation va intervenir auprès du ministère pour réaffirmer la nécessité d’un plan d’urgence pour l’éducation en Guyane.

Inspection : et si on arrêtait les bidouillages ?

jeudi 13 décembre 2012

SUD Éducation vient d’écrire au recteur pour lui demander de rappeler à ses Inspecteurs qu’ils ne peuvent pas faire n’importe quoi en matière d’inspection.

Les inspections surprises ne sont pas réglementaires. Les rapports d’inspection doivent être adressés aux intéressés dans un délai d’un mois et la note pédagogique doit être communiquée dans le trimestre qui suit l’inspection.